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Lis tes ratures !!

Parce que jouer sur les mots quand on parle de bouquins, c'est méta.

Romain Gary (Emile Ajar) - La Vie devant soi

Publié le 8 Mars 2013 par Lyra Sullyvan in Romans français, Romain Gary, 1975, Classique

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Histoire d'amour d'un petit garçon arabe pour une très vieille femme juive : Momo se débat contre les six étages que Madame Rosa ne veut plus monter et contre la vie parce que "ça ne pardonne pas" et parce qu'il n'est "pas nécessaire d'avoir des raisons pour avoir peur". Le petit garçon l'aidera à se cacher dans son "trou juif", elle n'ira pas mourir à l'hôpital et pourra ainsi bénéficier du droit sacré "des peuples à disposer d'eux-mêmes" qui n'est pas respecté par l'Ordre des médecins. Il lui tiendra compagnie jusqu'à ce qu'elle meure et même au-delà de la mort.

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Je ne me rappelle plus tellement le moment où j'avais acheté ce bouquin, probablement chez Gibert Jeune, un jour de déambulade dans leurs rayons. Et puis, il a passé un long moment dans ma PAL, parce que je ne savais pas trop si j'avais envie de le lire. J'étais moyennement tentée mais j'en avais entendu du bien de gens qui ont des goûts similaires aux miens, alors je m'étais dit "pourquoi pas", sans oser me lancer. Puis la semaine dernière, j'étais indécise sur ma prochaine lecture et Léo m'a proposé celui-là. Je me suis dit jque si je refusais, il était encore bon pour passer des mois sans être lu, et que je ne le sortirai jamais. Donc j'ai dit "okay", et je me suis lancée avant d'avoir le temps de changer d'avis.

Momo est un jeune garçon qui ne sait pas bien qui il est, d'où il vient, ni même quel âge il a. Il emploie les mots des grands avec plus ou moins de justesse, autant dans leur orthographe/prononciation que dans leur sens. Il décrit les mondes de son regard d'enfant paumé, musulman puisqu'il le faut bien, sans parent, mais avec Madame Rosa, cette juive vieille et moche, rescapée d'Auschwitz, qu'il aime sans l'épargner, et sans se faire de fausses idées à son sujet.

Le gamin ne mâche pas ses mots, se désigne clairement comme fils de pute, puisqu'après tout, c'est littéralement ce qu'il est, et s'exprime comme ça lui vient. Parfois on ne sait pas bien s'il s'adresse à nous, à un autre personnage ou à personne. Pas de convention, de normes, de liens de sens forcément logiques entre certains passages. En somme, on est réellement plongé dans sa tête et ça défile comme dans n'importe quel cerveau, avec ou sans transition. On sent l'évolution du bonhomme, surtout vers la fin, mais petit à petit ses pensées deviennent moins confuses, plus structurées.

Je suis loin d'être d'accord avec tout ce qu'il dit, mais son point de vue se défend, il argumente parfois avec beaucoup de justesse, tout comme il peut parfois être convaincu de choses sans trop savoir pourquoi. Il est entourés de personnages haut-en-couleurs, variés, et présent sans être trop encombrant qui, volontairement ou à leur insu l'aident à se construire et lui permettent d'appréhender les choses de plus d'un point de vue.

En soi, il ne se passe pas grand grand chose dans l'histoire. C'est surtout une histoire de réflexions d'un enfant qui est bien plus réaliste qu'il n'y parait, et qui admet volontiers qu'il ne comprend pas tout, mais que la vie et le bonheur c'est pas toujours l'éclate totale, et qui ne fixe pas bien de limites entre ce qui est "bien" et ce qui est "mal". J'ai aimé cet aspect, même s'il est important pour un enfant d'apprendre ce qu'il se fait et ce qui ne se fait pas. Momo ici tatonne entre deux versions de lui même qu'il aimerait devenir, mais on se rend bien vite compte qu'elles ne sont pas forcément incompatibles, et que choisir "la bonne" ou "la mauvaise" voie n'est pas réellement une question qui se pose, les frontières sont parfois très minces.
Un bouquin qui tourne essentiellement autour de ce jeune homme donc, qui se lit assez rapidement et qui ne correspond pas tellement à l'image que j'en avais, mais qui au final a été une agréable surprise. Comme quoi, faire la guerre aux préjugés, ça a du bon parfois. Et puis, ce petit côté Belleville m'a rappelé des souvenirs de la saga Malaussène, qui fait partie de mes coups de coeur en "littérature blanche". Alors, moi, je prends, même si je ne crie pas au coup de coeur comme d'autres, mais ça, c'est une question d'histoire personnelle et de sensibilité différente, j'imagine. =)


Citations :

"Elle m'avait souvent dit en rigolant que la vie ne se plaisait pas beaucoup chez elle, et maintenant ça se voyait.[...] Elle était tellement endommagée que même ses cheveux s'étaient arrêtés de tomber parce que la mécanique qui les faisait tomber s'était détériorée elle aussi."

"Des fois, j'avais même envie de défendre le choléra parce que lui au moins c'est pas sa faute s'il est comme ça, il a jamais décidé d'être le choléra, ça lui est venu tout seul."

"Je ne comprenais pas pourquoi les gens sont toujours classés par cul et qu'on en fait de l'importance, alors que ça ne peut pas vous faire de mal."

"La nature, elle fait n'importe quoi à n'importe qui et elle ne sait même pas ce qu'elle fait, quelquefois ce sont des fleurs et des oiseaux et quelquefois, c'est une vielle Juive au sixième étage qui ne peut plus descendre."


Ils en parlent aussi : Nathalie, ...    

 

1975, 274p.
Editeurs : Folio

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L
Très bonne chronique qui résume bien ce que j'avais pensé du livre :)
Que dire d'autre ? Que j'ai peut-être un peu plus adhéré au bouquin que toi :)
Mais je suis content que tu l'ais lu :D
Répondre
L


Oui, j'ai cru comprendre que pas mal de gens avaient eu un coup de coeur pour le livre. Et je savais que tu l'avais beaucoup aimé, mais bon, ça se commande pas hein
^^
Merci en tout cas ! =)