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Lis tes ratures !!

Parce que jouer sur les mots quand on parle de bouquins, c'est méta.

Caleb Carr - L'Aliéniste

Publié le 23 Juin 2014 par Lyra Sullyvan in Policier, Historique, Romans américains (USA), 1994, Caleb Carr, Gift, Pocket

New York 1896... Un meurtrier auprès duquel Jack l'Éventreur fait piètre figure sème aux quatre coins du Lower East Side les cadavres d'adolescents atrocement mutilés sans provoquer la moindre réaction des pouvoirs publics... Révolté par tant d'indifférence, Theodore Roosevelt, alors préfet, fait appel à ses amis John Schuyler Moore, chroniqueur criminel, et Laszlo Kreizler, aliéniste - spécialiste des maladies mentales -, pour élucider cette énigme terrifiante. Leurs procédés sont révolutionnaires ! En étudiant les crimes, ils pensent pouvoir brosser le portrait psychologique de l'assassin, l'identifier et l'arrêter.

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J'ai entendu parler de ce livre pour la première fois il y a des années quand ma belle-sœur l'avait lu puis prêté à ma mère. Et du coup, je m'étais dit qu'il faudrait que je le lise un jour, et voilà chose faite.

Et dans l'ensemble je suis plutôt contente de cette lecture. L'histoire "commence" le jour du décès de Theodore Roosevelt, occasion pour notre narrateur, Moore, de se remémorer la grande affaire qui les a lié, lui, Roosevelt et Kreizler, il y a bien des années de ça. On replonge donc à la fin du XIXe siècle dans un New York assez sombre (et ou la corruption régnait déjà pas mal), au travers de son histoire, fictive, mais emprunte de personnes, lieux et faits historiques (parce que bon, entendre parler - brièvement, certes - d'un certain Franz Boas (quelques années après un cours d'anthropo au cours du quel ses travaux avaient été maintes fois cités), au détour d'un roman, je ne l'avais pas vu venir, contrairement à Roosevelt qui est clairement annoncé.

Le style est assez fluide (hormis quelques courtes scènes un peu trop descriptives, encore que vu mon état de fatigue à ces moments, le roman n'y était peut-être pas pour grand chose) et les personnages sont intéressants (je n'irai pas jusqu'à dire attachants, pour la plupart, parce que bon.. c'était pas franchement le cas).

En parlant de personnage, Kreizler m'a agacée plus d'une fois. Pour un roman de cette période, je trouve qu'il s'en sort plutôt bien sur la question de l'indépendance de la femme et tout ça, tout en restant ancré dans son époque. Mais alors niveau condescendance avec ses équipiers, il en tient une sacré couche le Laslo ! Je suis complètement pour les innovateurs, les avancées en matière de réflexions, de psychologie et tout ça, mais j'ai pas pu m'empêchée d'avoir envie de foutre une ou deux baffes à Kreizler de se la jouer "je sais mieux que tout le monde", malgré les différentes choses qu'on apprend. J'ai l'impression qu'il ne servait qu'à teaser et jouer les puits de science. M'enfin, Moore a aussi su m'apporter son lot d'agacement par moment. Sans parler de rapports entre certains des personnages que j'ai trouvés moyennement crédible, mais ça reste limité à très peu, les autres marchant plutôt bien.

Le côté "Haha! J'ai eu une superbe idée au sujet de notre enquête ! Mais attends, je t'en parlerai après !" alors qu'il n'a rien de mieux à faire à ce moment et que quand tu es dans de tels enjeux, c'est jamais très sage de faire poireauter les personnages sur des informations qui peuvent être capitales... Surtout que ça n'arrive pas qu'une fois et que forcément y en a bien une qui fini par ne fait pas exception au cliché. Je veux bien mettre un peu de suspens mais au bout d'un moment faut arrêter de prendre les lecteurs pour des pigeons.

Pour finir avec les points qui m'ont un peu plombés dans ma lecture, les citations de psychologues/sociologues/anthropologistes/... Genre, en pleine conversation, au lieu de dire "machin parlait de tel truc dans le bouquin/article que j'ai vu tout à l'heure", non non, la personne va chercher le livre et lis texto le passage. Et autant, bon, une fois, ça passe, mais plusieurs fois dans le même passage, ça fait franchement pas très réaliste et surtout assez pompeux.

Mais en dehors de tout ça j'ai trouvé l'enquête très intéressante, les débuts du "profilage", comprendre comment le meurtrier raisonne, fonctionne, pour essayer de mieux le cerner, de le cerner tout court. Le croisement de protagonistes de différentes professions apporte aussi sa touche d'intérêt à l'histoire, et chacun est invité à partager son opinion, et tous servent réellement l'enquête. On n'est pas dans un genre d'histoire à super protagoniste qui trouve tout tout seul, ici, et le travail d'équipe est vraiment enrichi par la présence de chacun, quel que soit son rôle dans l'équipe (je pense notamment à Cyrus ou Stevie qui malgré leur position respective jouent aussi un rôle intéressant). Enfin Sara, de son côté est un personnage vraiment bienvenu, même si on sent que les tentatives de l'auteur pour en faire un personnage intéressant et pas trop cliché ne sont pas encore bien ajustées.

Les personnages vont creuser jusque là où ils peuvent, ils se mouillent et se mettent parfois en danger pour trouver des éléments pour les faire avancer (forcément, à une époque dénuée d'ordinateur, c'est plus compliqué d'obtenir des informations). Ça nous amène dans de nouveaux quartiers, de nouveaux paysages, auprès de différents personnages

En somme, même si mon avis à l'air assez négatif (j'ai toujours moins de mal à parler de ce qui m'a déplu que de ce qui m'a plu, plus complexe à exprimer), de part l'aspect parfois un peu brouillon de l'histoire sur certains points et quelques ellipses sur l'explication de l'avancée de l'enquête ou de l'intervention d'un nouveau protagoniste, un peu out of the blue, je suis assez contente de cette lecture et c'était tout autant agréable à lire qu'enrichissant et plutôt bien mené dans sa structure et son développement. Me likey.

Ça reste un premier roman, pour l'auteur, donc certains des défauts sont excusables, et je suis curieuse de voir si ça s'améliore dans ses autres bouquins. Notamment une "suite" avec une nouvelle enquête de Laslo et John, appellée L'Ange des ténèbres (même si Carr se tire un peu une balle dans les pattes à la fin de L'Aliéniste en faisant dire à Moore qu'il n'a a pas connu d'enquête aussi palpitante dans la suite de sa carrière).

Citations :

"Jamais je ne m'étais senti aussi proche de positions de Kreizler qui affirmait que les réactions de chacun aux faits importants de la vie ne sont jamais totalement spontanées; elle sont la manifestation d'années de confrontation avec un milieu, de l'élaboration de schémas à l'intérieur de nos vies qui, finalement, en arrivent à influencer nos comportements."

"Mais l'évènement qui se produisit à la fin du mois nous mit face à une horreur d'un type nouveau, engendrée non par le sang, mais par les mots et qui, à ses façons, était aussi terrible que ce que nous avions déjà rencontré."

1994, 573p. Editeurs : Pocket Titre original : The Alienist

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Karine:) 24/06/2014 14:50

Lu il y a un bon moment, j'en garde un bon souvenir... bizarrement, je ne me rappelle plus trop du côté chiant de Lazlo... faudrait que je retourne voir ma chronique!

Lyra Sullyvan 24/06/2014 21:01

C'est p'tet juste moi ^^ C'est ce ton un peu professoral avec ses collègues et surtout trop condescendant qui m'a soulée.=)

Sita 23/06/2014 10:12

Ou alors c'était prémédité pour que les lecteurs ne se plaignent pas de l'ennui du deuxième tome :p

Lyra Sullyvan 23/06/2014 10:13

Aussi... possible ! Mais dans ce cas à quoi bon l'écrire :P