Publié par Lyra Sullyvan

Un enfant étonnamment mûr et plein d'empathie pour l'humanité, mais ignorant de notre monde, comme un nouveau petit Prince perdu dans notre présent, visite la Terre et partout, d'un endroit à l'autre, s'étonne et souffre de ne voir que conflits, cruautés, tueries, viols, lapidations, malheurs. Et partout pour les bourreaux comme les victimes, la violence détruit l'humanité. L'enfant propose alors aux hommes de faire taire les armes, et leur accorde une trêve...

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Une session masse-critique avec un Bordage dedans, well, of course I want in! Donc, bien contente d'avoir été sélectionnée, merci Babelio !

Du coup, je l'ai enchaîné après Ceux qui osent, dans un genre un peu différent mais pas tant que ça.

Ici, on suit un jeune garçon sans souvenir, qui ne sait pas s'il est humain, mais qui a d'étranges capacités qui semblent fermées aux humains (ou auxquelles ils se sont fermés), comme de lire dans les âmes des autres, et compatir fasse à chaque être. Alors forcément, ça en fait un conte très naïf, mais je pense que c'est le but. Un regard candide sur l'humanité, sans jugement, et avec une vision utopique, pour brosser le portrait d'une Terre blessée et auto-destructrice sans prendre parti.

La trame est déstabilisante parce que lorsque l'on pense avoir saisi la quête du bonhomme, l'histoire bifurque vers autre chose, parce que la quête visible n'est qu'un reflet de la quête interne. On passe d'un endroit à l'autre, de personnages à d'autres, qu'ils soient bienveillants, craintifs ou dangereux, le garçon nous fait voir au fond d'eux.

Je suis pas mal portée sur l'empathie et la tentative de compréhension de l'autre, même si c'est une tâche difficile à appliquer au quotidien, sans cesse, alors ce bouquin m'a pas mal parlé et j'ai apprécié les thèmes abordés.

Le ton est clairement enfantin et comme le synopsis l'indique, replonge dans l'ambiance du Petit Prince, par cette anonymat, cette volonté de comprendre et cette naïveté du personnage.

Alors oui, c'est facile de taper dans l'utopie et la bienveillance, mais je trouve qu'ici que M. Bordage s'en sort bien et ne tombe pas trop dans le cliché pour autant. J'ai apprécié aussi que ce regard, intéressant, sur le monde, ne semble pas servir de tremplin à une leçon de morale sur comment améliorer le monde. Il semble plus porteur d'une tristesse sur les choses qui ne vont pas, mais aussi d'émerveillement sur ce qui va. Cela ressemble à une photographie du monde (et de ses habitants, surtout) tel qu'il est avec ses défauts et ses qualités, vu par quelqu'un de l'extérieur, sans que l'auteur ne maltraite cette vision en imposant un point de vue.

 

Citations :

"Les enfants ne jouissaient vraiment d'aucune considération dans le pays des hommes : non seulement ils n'étaient pas invités à réfléchir et à chercher des solutions avec les chef de l'humanité, mais ils n'étaient pas censés aborder des sujets aussi simples et fondamentaux que l'être et la pensée."

"Seule la mort donne du prix à la vie."

"Il n'avait pas renoncé à la possession la plus ardue à extirper de lui-même, à l'illusion la plus difficile à discerner parmi celles qui se riaient des êtres humains : la certitude d'être dans la vérité."

 

2014, 283p. Editeurs : Au Diable Vauvert

Ils en parlent aussi : J.a.e_Lou, Snow, ...

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